La jeunesse s'exprime ! Révolution ou Réveil ? Soulèvement ou Élévation ? A quoi assistons nous vraiment ?
- Par sandrine-bauden
- Le 27/10/2026
Il se passe quelque chose de grandiose sous nos yeux et je me demande combien sont réellement capables de discerner, au-delà de l'agitation sociale, des affrontements idéologiques et des éternelles oppositions qui accompagnent les grands mouvements collectifs, la portée de ce qui est en train de se produire. La jeunesse française vient de se mettre en marche et, déjà, son mouvement trouve un écho au-delà de nos frontières, notamment en Europe. Je le dis comme je le pense : ce qui vient de s'enclencher ne s'arrêtera pas là. Je suis convaincue que les trois prochaines années verront s'amplifier un réveil de la jeunesse dont la portée dépassera largement les frontières de notre pays, car ce qui s'active aujourd'hui touche à un principe fondamental de l'être humain : celui de la Volonté, cette puissance qui, dans ma conception, relie l'Amour à l'Intelligence universelle et permet à l'être de se déterminer en conscience.
Or, lorsqu'un être commence à exercer sa volonté propre et prend conscience de sa capacité à se tenir debout par lui-même, il devient bien difficile de le ramener à sa position antérieure. On peut faire taire des adultes, les intimider ou les décourager, attendre que leurs préoccupations quotidiennes reprennent le dessus et que la nécessité de préserver leurs acquis finisse par étouffer leurs aspirations. Mais que fera-t-on d'une jeunesse qui n'a pas encore accumulé tout ce qu'elle pourrait craindre de perdre et qui découvre, précisément, qu'elle possède en elle la capacité de se déterminer ? Qu'on ne s'y méprenne pas, ces jeunes n'ont pas nécessairement l'intention de mettre le feu partout, pas davantage qu'ils ne cherchent à reproduire une Révolution française dont nous connaissons les conséquences et les dérives. Les polarités s'exacerbent, bien sûr, chacun y allant de son interprétation, de son soutien ou de sa condamnation, tandis que les débordements de quelques-uns risquent, comme bien souvent, de servir à discréditer l'ensemble. Il y aura toujours des opposants, des contestataires, des tentatives de récupération et des excès, d'autant que ces phénomènes participent également, selon ma lecture, à l'élaboration d'un matériel traumatique collectif dont les manifestations peuvent être particulièrement tumultueuses. Cependant, celui qui ne regarde que les désordres visibles pourrait bien passer à côté de l'essentiel. Ouvrons donc un peu la pupille du cœur !
Car avant de se soulever, ces jeunes se lèvent. Ils se redressent, se verticalisent et prennent progressivement pied sur leurs propres appuis, qu'ils sont précisément en train de construire. Ils apprennent à exercer leur souveraineté et découvrent, chemin faisant, que cette force intérieure, lorsqu'elle rencontre celle de leurs semblables, peut devenir une formidable puissance collective. Il ne s'agit donc pas tant de se dresser contre les adultes que de parvenir à se tenir debout auprès d'eux, sans renoncer à cette horizontalité de contact qui permet aux êtres humains de vivre ensemble dans le respect de leur intégrité respective. Et quelle place leur avons-nous réservée jusqu'ici ?
Il faut dire que l'enfant revient de loin ! Pendant des siècles, sa condition fut largement déterminée par sa naissance, sa filiation et l'autorité de ceux auxquels il était soumis. Dans la Rome antique, le pater familias disposait, du moins dans les fondements archaïques du droit romain, d'un pouvoir considérable sur sa descendance, allant théoriquement jusqu'au droit de vie ou de mort. Si les siècles suivants virent progressivement reculer certaines de ces prérogatives, la condition de l'enfant demeura longtemps subordonnée aux nécessités familiales, économiques et sociales. En France, le Code civil de 1804 consacrait encore une puissance paternelle telle qu'un père pouvait demander l'enfermement de son enfant pour des motifs de mécontentement graves, une pratique dont le cadre juridique ne sera profondément remanié qu'en 1935. Il faudra ensuite attendre 1970 pour que la puissance paternelle cède la place à l'autorité parentale, puis 1974 pour que la majorité civile soit abaissée de vingt et un à dix-huit ans. Quant à la Convention internationale des droits de l'enfant, adoptée en 1989, elle viendra consacrer à l'échelle internationale la reconnaissance de l'enfant comme sujet de droit, notamment celui d'exprimer son opinion et d'être entendu dans les décisions qui le concernent. Autant dire que ce petit d'homme revient de très loin et que sa reconnaissance juridique, dans sa forme contemporaine, est extraordinairement récente à l'échelle de notre histoire ! Longtemps considéré à travers ce qu'il devait devenir pour les autres, prolongement de ses parents, continuateur d'un nom, d'une lignée, d'un métier, d'une condition sociale et, bien souvent, d'un destin tracé avant même sa naissance, il devait apprendre à tenir son rôle dans une histoire dont il n'était pas l'auteur. Certes, on lui reconnaissait une existence, mais quelle place accordait-on à sa propre vie, à sa singularité, à sa volonté et, surtout, à ce qu'il était venu apporter au monde ? Eh bien, c'est précisément cette place qui est en train de changer. Longtemps objet d'une histoire écrite par les adultes, l'enfant en devient aujourd'hui le sujet, et voilà que ce sujet entend désormais activer son propre verbe, conjuguer sa volonté et donner à son existence un complément de vie ! Un complément qui ne serait plus celui de l'objet auquel on l'a si longtemps réduit, mais celui du sujet qu'il est et qu'il entend pleinement devenir. Car exister ne suffit pas à vivre, pas davantage qu'être élevé ne garantit de pouvoir s'élever. On disait autrefois : « Les femmes et les enfants d'abord. » Une bien belle formule, à condition de ne pas oublier que, pendant des siècles, les unes comme les autres furent tenus à l'écart de nombreuses décisions qui engageaient pourtant leur propre existence. Les femmes ont entrepris, et poursuivent aujourd'hui encore, un immense travail de conscientisation, d'affirmation et de reconquête de leur souveraineté. Je vois désormais les jeunes entrer à leur tour dans une dynamique qui les conduira à reconsidérer la place qui leur a été assignée, car il faut bien regarder les choses en face : nous avons longtemps réservé aux enfants et aux adolescents les dernières places de notre organisation sociale, tout en prétendant qu'ils en représentaient l'avenir.
Comment ne pas voir l'incohérence ?
Je considère depuis longtemps que l'on mesure la santé d'une société à la place qu'elle accorde à ses enfants et à sa jeunesse. Eh bien, à cette mesure, je crois que nos sociétés sont gravement malades. Nous avons organisé la vie collective autour d'adultes supposés savoir, décider, diriger et transmettre, laissant aux jeunes le soin de grandir, d'apprendre, de s'adapter et d'attendre patiemment leur tour. Mais leur tour de quoi, au juste ? De reproduire une organisation dont ils perçoivent déjà les limites, les contradictions et parfois l'absurdité ? D'hériter d'un monde qu'ils n'ont pas choisi, avec ses frontières, ses hiérarchies, ses divisions et ses rapports de pouvoir, puis de consacrer à leur tour une partie de leur existence à tenter de s'en accommoder ? Bien sûr que ces jeunes ont encore à consolider leurs appuis, à parfaire leurs apprentissages, à acquérir de l'expérience et à développer leur discernement. Ils sont des adultes en devenir, personne ne le conteste, mais ils sont surtout, dès aujourd'hui, des êtres humains à part entière, porteurs de valeurs, de codes et d'une intelligence relationnelle que nombre d'adultes ignorent, quelquefois simplement parce qu'ils ont oublié ce qu'ils savaient eux-mêmes lorsqu'ils étaient enfants. L'âge ne garantit ni la conscience, ni la sagesse, encore moins la maturité, et il ne suffit pas d'avoir vécu longtemps pour avoir appris à vivre debout. Je reçois depuis des années des jeunes dont la pensée, la sensibilité, la pertinence des observations et, parfois, l'éloquence me donnent à réfléchir sur cette étrange propension des adultes à confondre l'expérience acquise avec une quelconque supériorité de conscience. Certains de ces jeunes possèdent déjà une lecture étonnamment lucide du monde qui les entoure, quand bien même ils ne disposent pas encore de tous les moyens nécessaires pour y prendre part. Dès lors, pourquoi faudrait-il attendre qu'ils aient trente ou quarante ans pour reconnaître qu'ils peuvent contribuer à la vie de la cité ? À seize ans, un jeune peut déjà avoir une pensée singulière, exercer son discernement et faire preuve d'un sens des responsabilités que l'on aurait tort de négliger sous le seul prétexte qu'il n'a pas encore atteint l'âge légal de la majorité. Je crois d'ailleurs que beaucoup d'adultes vont être dérangés par cette jeunesse qui prend sa place, particulièrement ceux qui se sont accommodés de leurs propres renoncements. Car pendant que certains jeunes se redressent, il est des adultes qui ont choisi de rester assis, voire couchés, et qui pourraient bien se sentir bousculés par ceux qui n'entendent pas suivre leur exemple. Je le dis comme je le pense, car il serait temps d'admettre que la maturité ne se mesure pas seulement au nombre des années, mais aussi à la capacité d'un être à exercer sa volonté, à assumer ses choix et à demeurer intègre dans ses relations avec les autres.
Voilà peut-être ce qui me paraît le plus remarquable dans ce mouvement : ces jeunes deviennent eux-mêmes des donneurs d'exemple, non parce qu'ils auraient déjà tout compris ou tout accompli, mais parce qu'ils commencent à construire ensemble une force qu'ils ne cherchent pas nécessairement à exercer au détriment de leurs semblables. Ce sont des jeunes pacifiques qui ne se laisseront plus pacifier. Toute la nuance est là, car la paix ne signifie pas la soumission, pas davantage que le respect ne suppose l'effacement de soi. On peut parfaitement aspirer à vivre paisiblement auprès de ses congénères sans accepter pour autant de se laisser réduire au silence, diriger dans les moindres aspects de son existence ou priver de toute participation aux décisions collectives. Et c'est précisément cette articulation entre la verticalité de l'être et l'horizontalité de ses relations qui me semble devoir présider à l'organisation d'une société nouvelle.
Alors, à quoi assistons-nous réellement ? À une révolution ou à un réveil ? À un soulèvement ou à une élévation ? Pour ma part, je vois dans les manifestations actuelles les expressions visibles d'un mouvement bien plus profond, celui d'une jeunesse chez laquelle s'active progressivement le principe de Volonté. Et c'est précisément parce qu'elle commence à se réveiller à elle-même qu'elle peut désormais se lever, prendre appui sur ce qu'elle est et s'élever sans avoir à écraser quiconque pour y parvenir. Voilà toute la différence entre vouloir renverser un monde et devenir capable d'en édifier un autre.
Dans mon travail en Pédagogie Bio-Logique© et en Psychopédagogie Évolutive, j'observe et j'accompagne depuis des années les trois dynamiques qui participent à l'évolution de l'être humain : se développer, se dépouiller et se déployer. Or, ce qui se produit aujourd'hui retient particulièrement mon attention parce que j'y reconnais, à l'échelle collective, les prémices d'un phénomène qui dépasse la simple expression d'une personnalité en révolte. J'y vois l'être qui commence à se redresser à travers elle, cette part de lui-même qui ne se satisfait plus des conditionnements auxquels il était jusqu'alors soumis et qui entreprend d'activer sa propre volonté. Dans l'installation d'une nouvelle civilisation, il se produit, selon ma lecture, une forme d'inversion qui relève davantage du rétablissement que du renversement. De la même manière que je considère que, pour l'être qui s'en vient, ce qui prime est l'affirmation première de ce qu'il est, avant même l'organisation de ses besoins et de ses appartenances, je vois la pyramide sociale appelée à se réorganiser autour de l'enfant et du jeune. Il ne s'agit évidemment pas de substituer une domination à une autre, auquel cas nous n'aurions fait que déplacer les détenteurs du pouvoir sans avoir rien transformé aux principes qui en gouvernent l'exercice.
Remettre l'enfant au milieu du village, c'est reconnaître que tout commence par lui. L'enfant porte en lui le potentiel humain à l'état brut. Il ne naît pas avec nos frontières, nos drapeaux, nos divisions et nos préjugés ; il entre dans un monde qui les a déjà institués et qui va progressivement les lui transmettre, parfois au point de lui faire oublier cette disposition première à rencontrer l'autre sans éprouver la nécessité de le classer, de l'opposer ou de le dominer. C'est pourquoi l'organisation d'une société véritablement humaine ne saurait se limiter à améliorer les conditions matérielles de son enfance si elle continue, dans le même temps, à lui transmettre les mécanismes qui entretiennent la division et les abus de pouvoir. Encore faudrait-il, pour y parvenir, que l'adulte ait lui-même entrepris de retrouver et de pacifier l'enfant qu'il porte en lui, faute de quoi il risquerait fort de reconduire, jusque dans les structures nouvelles qu'il prétend édifier, ses anciennes blessures, ses peurs et ses conditionnements. Je pense à cette scène de l'Évangile dans laquelle le Christ, interrogé par ses disciples sur celui qui serait le plus grand dans le royaume des cieux, place un petit enfant au milieu d'eux. Quelle image extraordinaire que celle de cet enfant devenu le centre d'une assemblée d'adultes occupés à s'interroger sur la grandeur et la préséance ! Redevenir comme un petit enfant ne consiste évidemment pas, dans la lecture que j'en fais, à régresser vers un état d'immaturité, mais à retrouver cette part originelle de l'être, à la reconnaître, à la reparenter et à la dégager progressivement du matériel traumatique qui l'a recouverte. C'est un véritable travail de dépouillement intérieur, par lequel l'adulte apprend à polir ce diamant brut qu'il porte en son cœur afin de devenir un individu transparent, véritablement indivisible, intègre et souverain, capable de se tenir debout tout en demeurant dans l'Amour et le respect de ses semblables. Comment pourrions-nous, autrement, prétendre édifier une civilisation nouvelle et unie, si ceux qui la construisent continuent à porter en eux les mêmes divisions que celles qu'ils dénoncent à l'extérieur ? Ainsi, remettre l'enfant au milieu du village ne relève pas uniquement d'une intention éducative ou d'une aspiration humaniste. C'est reconnaître que l'enfant, qu'il soit celui que nous accompagnons ou celui que nous portons encore en nous, représente le potentiel à partir duquel toute évolution devient possible. C'est également admettre que la société ne peut indéfiniment organiser l'existence de ses jeunes sans leur permettre de participer à l'élaboration du monde dans lequel ils grandissent.
Il faudra donc bien, tôt ou tard, revoir leur condition, leur place dans nos institutions, dans l'éducation et dans les décisions qui engagent l'avenir collectif. Non pour les dispenser d'apprendre, ni pour les soustraire aux responsabilités que suppose toute vie en société, mais pour cesser enfin de les considérer exclusivement comme des adultes inachevés auxquels il faudrait accorder, le moment venu, le droit de compter. Je regarde donc le mouvement actuel avec une attention particulière et ne cache pas l'ampleur de ce que j'y perçois. Je suis convaincue que nous n'assistons qu'aux prémices d'un phénomène beaucoup plus vaste, appelé à se propager progressivement et à contraindre nos sociétés à reconsidérer la place qu'elles réservent aux nouvelles générations. Car ce principe de Volonté qui commence à s'animer chez ces jeunes ne pourra, selon moi, être indéfiniment contenu par les anciennes organisations, tant il participe d'un mouvement de rétablissement de l'être dans son intégrité. La jeunesse est le sang neuf d'un monde nouveau. Elle n'a pas vocation à reproduire éternellement les erreurs de ses prédécesseurs, pas davantage qu'à porter le poids de leurs renoncements. Elle prend pied sur ses propres appuis, découvre la force qu'elle peut construire avec les autres et commence à écrire l'avenir au présent, tandis que certains adultes cherchent encore à lui expliquer pourquoi elle devrait attendre son tour. Mais son tour est venu, et elle ne demande plus seulement qu'on lui fasse une place. Il serait temps d'intégrer qu'elle est là.